« Je n’ai rien contre la vaccination malgré ma maladie, c’est un outil de santé majeur », ainsi a commencé le témoignage du Dr Bernard Izard au colloque sur « Les adjuvants vaccinaux: une question controversées » , organisé le 22 mai à l’Assemblée Nationale par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.
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« J’ai du arrêter de travailler »
Puis le médecin a raconté son calvaire : « Courant 2010, j’ai présenté une fatigue anormale dès le matin qui s’accentuait tout au long de la journée. Progressivement, j’ai souffert de douleurs musculaires comme si j’avais fait du vélo toute la nuit. A l’effort, ces douleurs étaient encore plus fortes comme si je recevais des coups de couteau dans les muscles. Au bout de trois mois, j’ai eu des céphalées au réveil qui duraient toute la journée alors que je n’avais jamais souffert de maux de tête avant puis j’ai commencé à avoir du mal à articuler et à me concentrer. Je n’arrivais plus à me souvenir du nom des médicaments que j’avais prescrits des millions de fois à mes patients, ni à conduire, ni à avoir de vie sociale. J’ai du arrêter de travailler.
« J’ai vu 12 spécialistes »
J’ai pensé à un problème post-vaccinal car, en tant que médecin, j’ai reçu beaucoup de vaccins et mon dernier rappel DTpolio datait de 2009. J’ai téléphoné au service de pharmacovigilance de ma région qui m’a confirmé que c’était une hypothèse plausible. Je me suis mis sous corticoïdes mais rien ne passait. J’ai consulté des confrères, quatre neurologues au départ. J’ai été hospitalisé quatre jours au CHU de Montpellier où rien n’a été détecté sur le plan neurologique. Alors, on m’a mis sous antidépresseur. Mais cela n’a eu aucun effet. J’ai donc continué à consulter, au CHU de Toulouse. En tout, j’ai vu 12 spécialistes. A chaque fois, le diagnostic était le même "vous n’avez rien".
« On m’a dit que c’était psy »
Les confrères ont fini par me dire que c’était "psy" et qu’il "fallait que j’apprenne à vivre avec ces symptômes et que j’essaie de penser à autre chose". Je suis en colère aujourd’hui car, à aucun moment, les médecins n’ont cherché à entrer en relation avec le service de pharmacovigilance comme je leur suggérais pour voir s’il n’y avait pas un rapport avec la vaccination. En cherchant sur internet avec ma femme, on a fini par trouver des informations qui nous ont mis sur la piste du Centre de référence des maladies rares de l’hôpital Henri Mondor à Créteil. Là, on m’a fait une biopsie musculaire et on s’est aperçu que j’avais une myofasciite à macrophages, une lésion induite par l’aluminium dans les vaccins ».
Est-ce que les troubles du Dr Izard sont liés à cet adjuvant ? C’était toute la question du débat au parlement précédé, le matin, par un autre colloque, intitulé « Aluminium et vaccins, l’expertise internationale nous impose d’agir », organisé cette fois par l’association E3M, qui rassemble des victimes de myofasciites à macrophages. Car le Dr Izard est loin d’être un cas unique.
Découverte de la myofasciite à macrophages 
L’hydroxyde d’aluminium est utilisé depuis 1927 dans les vaccins pour renforcer la réponse immunitaire. On pourrait donc penser que cet adjuvant est sûr puisque des millions de personnes en ont reçu au cours de la vaccination. Le problème est que ses mécanismes d’action ne sont pas bien connus et qu’en 1998, un chercheur le Pr Romain Gherardi, directeur de l’unité Inserm U955 E10 de l’université Paris-Est et chef du service histologie-embryologie de l’hôpital Henri Mondor à Créteil, est venu jeter un pavé dans la marre. A cette époque, après avoir biopsié le muscle deltoïde de quelques patients, il découvre que des cristaux d’aluminium se retrouvent dans des macrophages situés au point d’injection du vaccin et qu’ils forment une lésion qu’il nomme « myofascite à macrophages ». Ses travaux sont publiés dans The Lancet. Depuis, le Pr Ghérardi et son équipe continuent leurs recherches. Car si la lésion est reconnue, en revanche, le fait que les sels d’aluminium puissent migrer jusqu’au cerveau chez certaines personnes et induire des troubles longtemps après la vaccination, comme il en fait l’hypothèse, est controversée.
Des souris prostrées et anxieuses
Les premiers résultats d’une nouvelle étude, financée par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et présentée à l’Assemblée nationale par le chercheur, sème le trouble. Après avoir fait trois injections d’Engérix, un des vaccins contre l’hépatite B, à des souris et un placebo aux autres, il constate que, 45 jours plus tard, tout va bien : « les souris n’ont aucun symptôme ». En revanche, 135 jours plus tard, les réactions des souris vaccinées sont altérées, « elles restent prostrées dans leurs cages, sont anxieuses, ont moins de coordination motrice et ont perdu de l’endurance physique », décrit-il. Pour lui, « C’est la première fois qu’un modèle animal reproduit ce qui se passe chez l’homme ».
Une nouvelle maladie ?
Les symptômes décrits chez les patients atteints de myofasciite à macrophages suivis par le Pr François-Jérôme Authier, responsable du Centre de référence des maladies rares de l’hôpital Henri Mondor à Créteil, sont de trois ordres : fatigue chronique, douleurs musculaires intenses et troubles cognitifs. « Il s’agit d’une véritable maladie neurologique centrale qui n’a rien à voir avec la sclérose en plaques et qui est associée avec la persistance de granulomes induits par les vaccins. Cette maladie n’est pas un simple tatouage vaccinal comme le prétendent certains », a précisé ce dernier. Et d’ajouter: « Elle n’est peut-être pas si exceptionnelle, simplement, elle est sous-diagniostiquée ».
L’hypothèse d’un effet longtemps après
Pour le Pr Ghérardi, la raison de ce sous-diagnostic est simple : on ne recherche que les effets indésirables des vaccins à court terme. Or, l’adjuvant aluminique pourrait agir à long terme. Dans une précédente expérience sur des souris, il a montré que l’on pouvait en retrouver la trace dans le cerveau un an après la vaccination. Il note, par ailleurs, que parmi les patients que son équipe a suivis, les particules d’aluminium étaient encore présentes au point d’injection des mois, voire huit à dix ans après la vaccination.
« Si on vaccine un milliard de personnes, il n’est pas possible que tous les individus réagissent de la même manière, a pointé le Pr Yehuda Shoenfeld, directeur du centre Zabludowicz pour les maladies auto-immunes et spécialiste international de l’immunité. Il y a sûrement une toile de fond génétique chez certaines personnes qui font qu’elles réagissent plus vivement et plus gravement à une stimulation immunitaire ».
« L’aluminum est stocké dans l’organisme, il s’y accumule. On aura plus d’aluminium dans notre corps au moment de notre mort qu’à notre naissance. Nous devons y réfléchir », a souligné, pour sa part, le Pr Christopher Exley, professeur de biochimie inorganique au Royaume-Uni et spécialiste mondial de l’aluminium.
Pour les experts de la vaccination, il n’y a pas de preuves
Les experts français de la vaccination ont néanmoins considéré qu’il n’y avait, actuellement, aucune preuve d’un lien de causalité entre l’adjuvant aluminique de la vaccination et des effets indésirables graves mais que les recherches devaient se poursuivre. La question d’un moratoire évoquée par certains lanceurs d’alerte sur le vaccin contre les papillomavirus, notamment le Gardasil, contenant de l’hydroxide d’aluminium n’a pas été retenue par les experts. Leur crainte : que le grand public se détourne de la vaccination. Les sondages montrent, en effet, que les Français sont de plus en plus méfiants.