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jeudi 30 avril 2015

Centrafrique : 16 soldats français accusés d’abus sexuels sur des enfants

Centrafrique : 16 soldats français accusés d’abus sexuels sur des enfants

Un rapport interne de l'Organisation des nations unies (ONU) sur des abus sexuels supposés commis par des soldats français sur des enfants en République centrafricaine (RCA)  a été transmis aux autorités françaises, rapporte mercredi 29 avril le Guardian.

 

Anders Kompass, directeur des opérations de terrain au Haut-Commissariat de l'ONU pour les droits humains, à Genève, accusé d'avoir fait fuiter ce document confidentiel et d'avoir court-circuité sa hiérarchie, a été suspendu.

Le rapport d'enquête, que le quotidien britannique dit avoir consulté, porterait sur des soupçons d'abus commis entre décembre 2013 et juin 2014 dans un centre pour déplacés situé dans l'aéroport M'Poko de Bangui, la capitale centrafricaine. La France intervenait sur place dans le cadre de l'opération Sangaris pour mettre fin aux massacres commis sur des civils tant par la rébellion Séléka, qui visait les chrétiens, que par les milices anti-bakala, qui s'en prenaient aux musulmans. 

Dans le rapport figurent des témoignages recueillis sur place par des enquêteurs de l'ONU de jeunes garçons accusant des soldats français de les avoir violés et d'avoir abusé d'eux en échange de nourriture ou d'argent. L'un d'eux est âgé d'à peine 9 ans. Selon un haut responsable de l'ONU, joint par Le Monde, 16 soldats, tous Français, sont concernés par cette affaire.

« Une atteinte intolérable aux valeurs du soldat »


L'ONU a confirmé mercredi avoir enquêté au printemps 2014 sur des « accusations graves d'exploitation sexuelle et d'abus commis sur des enfants par des militaires français » en République centrafricaine avant le déploiement de sa mission dans ce pays (Minusca). Le porte-parole adjoint de l'ONU, Farhan Haq, confirme également que ce responsable de l'ONU a été suspendu pour avoir transmis en juillet 2014 les résultats de cette enquête aux autorités françaises au mépris des procédures. « Notre conclusion préliminaire est qu'une telle conduite ne peut pas être considérée comme celle d'un lanceur d'alerte », a souligné le porte-parole.

Le ministère de la justice a confirmé mercredi à l'agence Reuters que le parquet de Paris avait ouvert le 31 juillet 2014 une enquête préliminaire portant sur ces accusations après avoir pris connaissance du rapport des Nations unies. « L'enquête est en cours, nous n'avons pas de commentaire à faire », s'est contenté de déclarer un porte-parole du ministère.

Le ministère de la défense a quant à lui déclaré que l'armée française « a[vait] pris et prendra[it] toutes les mesures nécessaires pour la manifestation de la vérité ». 

« Si les faits étaient avérés, il veillera[it] à ce que les sanctions les plus fermes soient prononcées à l'égard des responsables de ce qui serait une atteinte intolérable aux valeurs du soldat. »

L'ONU aurait tardé à agir


Les faits auraient eu lieu avant et après la mise en place de la mission des Nations unies dans le pays, la Minusca. Le rapport avait été commandé par le bureau du haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme, à la suite de rumeurs d'abus dans le camp de M'Poko. Trois enquêteurs de l'ONU ont alors travaillé sur ce dossier en juin 2014 et rencontré une dizaine de victimes, tous des garçons. L'enquête aurait été bouclée dès la fin du mois de juin.

Anders Kompass, travailleur humanitaire suédois, a transmis le rapport à des enquêteurs français après avoir constaté que l'ONU tardait à agir, selon le Guardian. Une version contredite par le haut responsable de l'ONU qui assure au Monde que si Kompass avait voulu accélérer le processus, il aurait pu envoyer le rapport auGuardian dès le mois de juillet. Cadre de de l'ONU depuis 30 ans, Kompass connaît les procédures, notamment l'édition nécessaire des rapports pour protéger les victimes, poursuit ce haut responsable. 

C'est la deuxième fois qu'Anders Kompass est soumis à une enquête de l'ONU. Des cables Wikileaks avaient révélé un conflit d'intérêt sur la question du Sahara Occidental. Il était soupçonné d'avoir informé les Marocains sur la question et d'avoir empêché des enquêtes sur la question des droits de l'homme sur place. Convoqué, Kompass avait nié. Son ordinateur de travail avait été saisi mais n'avait rien révélé.

L'enquête a été confiée au bureau des services de contrôle interne des Nations unies. Dans l'attente de ses conclusions, Anders Kompass est toujours en disponibilité des Nations Unies avec plein salaire.