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vendredi 31 juillet 2015

Esclavage moderne : Les Etats-Unis 


sortent leur classement des pays

​Esclavage moderne : Les Etats-Unis sortent leur classement des pays

John Kerry, secrétaire d'État des États-Unis, a présenté lundi un rapport sur l'esclavage moderne dans 188 pays. Ce document réalisé par la diplomatie américaine accuse la Thaïlande et la Russie de ne pas assez lutter contre la traite d’êtres humains.

Dans la fin du classement se trouvent des pays déjà épinglés l’année dernière comme l’Iran, le Venezuela, l’Algérie, la Syrie, la Libye, le Yémen, la Corée du Nord et le Zimbabwe.
Pour les Etats-Unis plus de 20 millions de personnes seraient victimes d’esclavage dans le monde, une des priorités de l'administration du président Barack Obama.
"La traite d'humains est une insulte à la dignité humaine et une attaque contre la liberté", a tonné John Kerry, appelant à mener "une bataille contre l'argent, une bataille contre le mal".
Le secrétaire d'Etat, amateur de parallèles historiques, a noté qu'"en 2015, nous sommes confrontés à une version moderne de l'esclavage, quelque chose que nous avons combattu lors de la guerre de Sécession ici dans ce pays".

C'est quoi ce rapport ?

Le rapport sur l'esclavage moderne sort chaque année, depuis 15 ans. Il classe les pays en fonction de leur implication dans la lutte contre l'esclavage moderne et les mesures qu'ils mettent en place.
Ainsi, les données prises en compte se basent principalement sur la législation des États, ce qui n’a pas de sens "si elles ne sont pas appliquées", a expliqué à iTELE, Sylvie O'Dy, vice présidente du Comité contre l'esclavage moderne (CCEM)
Pour faire ce classement, le State Department travaille notamment via les ambassades interrogeant les gouvernements et les ONG sur les cas recensés, les financements consacrés, les législations, la répression, les moyens de sensibilisation et de prévention etc. (...)
L'esclavage moderne et la traite des êtres humains restent très difficiles à quantifier. La présence d une législation conforme n'a pas de sens si elle n est pas appliquée. Le CCEM est interrogé chaque année par l ambassade sur la situation française

Quelle est la méthodologie ?

Les pays sont classés en quatre catégories
Catégorie verte : ceux qui ont ratifié les clauses minimum du Trafficking Victims Protection Act’s (TVPA), un traité international qui définit l'esclavagisme moderne et donne de grandes orientations à suivre aux signataires.
Catégorie Jaune : Les pays n'ayant pas entièrement adoptés ce traité mais qui "font des efforts significatifs" pour lutter contre l'esclavagisme moderne.
Catégorie Orange (la "Watch List" ou pays à surveiller). Les pays relégués en catégorie 3 sont accusés de ne pas respecter les normes internationales et de ne pas faire d'"efforts significatifs" en matière de lutte contre la traite d’êtres humains.
Enfin, la catégorie rouge comprend les pays dont le gouvernement ne fait aucun effort pour lutter contre l'esclavage.

Quels sont les pays bien classés ?

La plupart des pays occidentaux, ceux d'Europe, les Etats-Unis et l'Australie, mais aussi Israël, Taïwan, la Corée du Sud, le Chili ou l'Arménie, restent en première catégorie, loués pour leur lutte contre la traite des êtres humains et le "respect total des normes internationales".
En seconde catégorie viennent les pays qui font des efforts pour lutter contre l'esclavage. Parmi eux, le Paraguay, la Colombie, le Bangladesh ou encore le Japon.
Pourtant, le Paraguay a été épinglé pour son esclavage d'enfants. Selon La Nación, quelque 50 000 enfants entre 5 et 17 ans seraient ainsi des esclaves domestiques. Pareil pour le Bangladesh, où l'exploitation sexuelle des mineures est souvent dénoncée.

Quels sont les pays mal classés ?

La Russie figure dans la catégorie des pays ne faisant aucun effort, depuis au moins 2013. Cela avait déjà provoqué la fureur de Moscou à l’époque. La Chine, elle, a quitté cette catégorie en 2014, pour passer sur la liste des pays à surveiller. Là aussi, des cas de travail forcé ou d'enfants sont souvent dénoncés par la presse.
Elle retrouve le Qatar,  mis en cause dans des cas d'esclavages pour la construction de stade pour le Mondial de Foot en 2022. 
De même pour la Malaisie, clouée au pilori l'an passé en catégorie rouge et qui cette année monte d'un rang. Washington l'a félicitée pour ses "efforts importants" dans la lutte contre la traite d'êtres humains. Elle reste toutefois une "destination et, dans une moindre mesure, une source et un point de passage pour des hommes, des femmes et des enfants victimes de travail forcé et d'exploitation sexuelle".
Le bon point décerné à Kuala Lumpur a fait bondir des ONG américaines, Alliance to End Slavery and Traffiking (Atest) dénonçant "une décision qui manque de crédibilité" et qui serait liée aux négociations entre les Etats-Unis et des pays d'Asie-Pacifique sur le traité de libre échange TPP.
Cuba, avec lequel les Etats-Unis viennent de rétablir des relations diplomatiques, est aussi rehaussé cette année au rang de "pays à surveiller". Pour Sylvie O'Dy, vice présidente du Comité contre l'esclavage moderne (CCEM), cela peut en partie s'expliquer par l'enjeu politique du dossier :
Une étude qui sort du ministère américain des Affaires étrangères n'a-il pas toujours un background politique ? Comme une étude qui sortirait du Quai d'Orsay. Mais comme il s'agit de la seule étude de ce type au monde, il est intéressant.
Quant à la Thaïlande, alliée de Washington mais avec laquelle les relations sont tendues depuis le coup d'Etat de 2014, elle est "une source, une destination et un point de passage pour des hommes, femmes et enfants victimes de travail forcé et d'exploitation sexuelle", selon le département d'Etat.
Bangkok reste dans la catégorie rouge, ce que son ambassade à Washington a jugé "ironique" compte tenu de ses "efforts" et si on la compare à la Malaisie.
Le rapport a été bouclé avant que l'attention mondiale ne se porte au printemps sur la tragédie des migrants en Asie du Sud-Est et notamment la découverte de fosses communes en Malaisie.
D'après l'Organisation internationale du travail (OIT), la traite des êtres humains représente 150 milliards de dollars de bénéfices par an, dont 90 milliards pour l'industrie du sexe.
Elodie Hervé (Twitter : @elodie_herve) / Crédit photo : AFP - EITAN ABRAMOVICH